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 Pique nique

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Etherneige

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MessageSujet: Pique nique   Mer 14 Fév - 14:19

Allez, j'inaugure le coin des nouvelles ! Rolling Eyes

La nuit, sur la lande, s’était posée. Pas un nuage n’obscurcissait l’endroit. Le seul souffle d’air qui, en passant dans les feuillages des bruyères et fougères les faisait bruisser, diffusait de la tiédeur. Ils avaient fini de pique-niquer sur le tapis d’aiguilles de pins et se prélassaient en attendant de repartir. Ils ? Deux hommes et trois femmes qui avaient partagé un poulet et des chips sur une nappe à même le sol. Denis s’était allongé, la pensée délivrée, l’imaginaire débridé, épuisé de la journée baignade-soleil… Mais déjà, le jour se levait et un noyau de soleil s’immiçait sous les paupières de Denis. Il se retourna face contre terre. La matinée douce et silencieuse semblait suspendue… Silencieuse, c’est cela qui n’allait pas. Les cigales devraient déjà chanter et faire un raffut de tous les diables. Le silence… Pas un bruit, pas un craquement de branche, même les vagues derrière la dune… Il se retourna. Doucement. Cherchant un repère. Rien que le silence nourrissait son angoisse.
Le cauchemar continua. Plus un arbre, plus un pin. Le ciel en face, nu, sans quoique ce soit qui pourrait faire obstacle à l’horizon plat comme la plus parfaite des lignes. Le sol avait une texture inhabituelle, souple comme du tartan et froid comme du marbre. Il se releva. Il semblait se trouver en apesanteur, un peu la même sensation que dans l’eau. Tous ses gestes, alors réduits prenaient une lenteur invraisemblable. Il se mit à regarder autour de lui, cherchant ses amis. Il fit quelques pas, mais il n’y avait rien, absolument rien. Le vide, le désert. Même le désert serait apparu comme un fourmillement de vie en comparaison de ce lieu !
Il se tenait en attente, à l’affût. A l’affût de quoi ? Il cligna des yeux, espérant de ce geste rétablir le réveil et la réalité. Rien de plus, rien de moins non plus. Sa raison commençait à vaciller. Il ferma les yeux lentement, calmement et souffla très longuement tentant de décompresser. Son cœur cognait dans sa cage thoracique un peu comme après un mauvais joint. Il recommença à inspirer et expirer le plus tranquillement possible. Alors il appela. Il appela ses amis. Un cataclysme psychique se déclencha. C’était tout simplement dément : pas un son ne passait…
Dyane, Lucie, Evelyne et Sylvain finissaient de ranger les affaires du pique-nique. Ils avaient laissé Denis se reposer, assoupi au pied de l’arbre. Il serait temps de le réveiller pour aller prendre un dernier bain après avoir papoté un peu. Evelyne demanda à la ronde : « Plus personne ne veut de vin ? Alors, c’est pour moi ! ». Et elle termina le fond de Sainte Croix Du Mont qu’ils avaient largement entamé à l’apéritif. Sylvain s’approcha de Denis pour lui demander les clés de la voiture afin d’y ranger la glacière et la nappe.
« Eh ! Denis ! »lui fit-il en posant sa main sur l’épaule, « Eh ! Denis ! ». Il retira sa main comme s’il s’était brûlé. « MERDE ! » ajouta-t-il. « Venez voir vous autres ! Y’a quelque chose qui ne va pas ! ». Une mouette hurla au-dessus d’eux. Une pigne de pin s’écrasa sur les aiguilles et roula. « Merde, merde et merde ! ! ! » gémit Sylvain. Les autres s’approchèrent inquiets. Denis avait les yeux grand ouverts mais immobiles comme le seraient ceux d’un mort à la différence que les siens brillaient. Ils se penchèrent sur lui. Un hurlement déchira l’air. Tous les quatre sursautèrent, Denis venait de hurler comme si la mort l’avait frôlé, comme on imagine le cri que l’on pousserait si cela arrivait.
Pas un son ne sortait de ses lèvres. Plus une question ne franchit alors le seuil de son esprit. Il se sentait au paroxysme de l’angoisse. Au bord de la mort. Il se souvint alors de HOTEL CALIFORNIA, « You can never leave ». Mais c’était pire. Il se sentait pris dans une étreinte de glace. Ses gestes n’étaient même plus au ralenti, il se paralysait… Comme un dément possédé du démon, il recommença à hurler ; toujours sans que le moindre son se fît entendre.
L’univers dans lequel il se trouvait, se mit à enfler puis diminuer lentement d’abord puis de plus en plus rapidement comme lors d’une course contre le temps, ou contre la mort. Il se demanda s’il respirait encore. La vitesse des battements cardiaques, si l’on peut dire, de l’univers, avaient dépassé le point de tolérance de tout être humain ordinaire.
Seul un dieu pouvait supporter et vivre cela. Ne serait-il pas en train de devenir Dieu ? Pour autant qu’on soit dans l’irréel, plongeons-y définitivement…La question de la réalité était devenue obsolète. D’ailleurs n’en était-il pas la preuve vivante ? Il partit d’un immense éclat de rire qui fit exploser l’univers.
Lucie poussa la porte et sortit dans la moiteur de ce mois de juin. La porte claqua en se refermant. Elle descendit les cinq marches du perron et traversa le gravier
comme un fantôme. Sa gorge lui faisait mal et quelques larmes réussirent à se frayer un chemin sur ses joues pâles quand elle passa la grille de l’hôpital psychiatrique…
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